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Georges Seferis : Mythologie * Μυθιστόρημα (extrait)

dornac

 

ΙΕ´

Quid πλατανῶν opacissimus?

Ὁ ὕπνος σὲ τύλιξε, σὰν ἕνα δέντρο, μὲ πράσινα φύλλα,
ἀνάσαινες, σὰν ἕνα δέντρο, μέσα στὸ ἥσυχο φῶς,
μέσα στὴ διάφανη πηγὴ κοίταξα τὴ μορφή σου
κλεισμένα βλέφαρα καὶ τὰ ματόκλαδα χάραζαν τὸ νερό.
Τὰ δάχτυλά μου στὸ μαλακὸ χορτάρι, βρῆκαν τὰ δάχτυλά σου
κράτησα τὸ σφυγμό σου μιὰ στιγμὴ
κι ἔνιωσα ἀλλοῦ τὸν πόνο τῆς καρδιᾶς σου.

Κάτω ἀπὸ τὸ πλατάνι, κοντὰ στὸ νερό, μέσα στὶς δάφνες
ὁ ὕπνος σὲ μετακινοῦσε καὶ σὲ κομμάτιαζε
γύρω μου, κοντά μου, χωρὶς νὰ μπορῶ νὰ σ᾿ἀγγίξω ὁλόκληρη,

ἑνωμένη μὲ τὴ σιωπή σου

βλέποντας τὸν ἴσκιο σου νὰ μεγαλώνει καὶ νὰ μικραίνει,
νὰ χάνεται στοὺς ἄλλους ἴσκιους, μέσα στὸν ἄλλο
κόσμο ποὺ σ᾿ἄφηνε καὶ σὲ κρατοῦσε.

Τὴ ζωὴ ποὺ μᾶς ἔδωσαν νὰ ζήσουμε, τὴ ζήσαμε.
Λυπήσου ἐκείνους ποὺ περιμένουν μὲ τόση ὑπομονὴ
χαμένοι μέσα στὶς μαῦρες δάφνες κάτω ἀπὸ τὰ βαριὰ πλατάνια
κι ὅσους μονάχοι τους μιλοῦν σὲ στέρνες καὶ σὲ πηγάδια
καὶ πνίγουνται μέσα στοὺς κύκλους τῆς φωνῆς.
Λυπήσου τὸ σύντροφο ποὺ μοιράστηκε τὴ στέρησή μας καὶ τὸν ἱδρώτα
καὶ βύθισε μέσα στὸν ἥλιο σὰν κοράκι πέρα ἀπ᾿ τὰ μάρμαρα,
χωρὶς ἐλπίδα νὰ χαρεῖ τὴν ἀμοιβή μας.

Δῶσε μας, ἔξω ἀπὸ τὸν ὕπνο, τὴ γαλήνη.

 

XV

Quid πλατανῶν opacissimus?

Le sommeil t'enveloppa comme un arbre, de feuilles vertes,
Tu respirais comme un arbre dans la clarté paisible,
Dans la source transparente, je regardai ton visage,
Paupières closes griffant l'eau légèrement de leurs cils.
Mes doigts, sur l'herbe tendre, ont rencontré tes doigts
J'ai senti un instant battre ton sang
Et senti, ailleurs, la blessure de ton cœur.

Sous le platane, auprès de l'eau, dans les lauriers
Le sommeil te déplaçait, te morcelait
Autour de moi, tout près de moi, sans que je puisse te toucher
tout entière

Unie à ton silence ;
Je voyais ton ombre grandir et décroître,
Se perdre en d'autres ombres, dans l'autre
Monde qui se dessaisissait de toi et qui te retenait.

La vie qu'on nous a donnée à vivre, nous l'avons vécue.
Aie pitié de ceux qui attendent avec une telle patience
Perdus dans les lauriers noirs, sous le poids des platanes,
Et de ceux, solitaires, qui parlent aux citernes et aux puits
Et se noient dans les remous de leur voix.
Aie pitié du compagnon qui partagea nos privations et notre peine
Et sombra dans le soleil comme un corbeau, de l'autre côté des ruines,
Sans espérer d'avoir sa part de notre récompense.

Donne-nous, à l'écart du sommeil, la sérénité.

                                                                                                                     
       
                                                                                    
    Traduction de Jacques Lacarrière et Égérie Mavraki,
Mercure de France, 1964

 

Tableau en tête d'article d'Oumbertos Argyros : Baigneuse
Ουμβέρτος Αργυρός : Λουόμενη

 

Merci à mes lecteurs qui m'indiquent les interprétations suivantes (musique de Mikis Théodorakis), sous le titre de la chanson Ο ύπνος σε τύλιξε (Le sommeil t'enveloppa) :

 

► Maria Farantouri :

 

 Vidéo : jimmakos61 

 

► Eleftheria Arvanitaki :

 

Vidéo : Pieter Hendriks

 

► Christina Cünne :

 


Vidéo : ctpcmh

 

Πέτρος Πανδής - Petros Pandis : Ο ύπνος σε τύλιξε

 

Margarita Zorbala :

 

Vidéo : Ελληνικό Τραγούδι

 

Enfin, une interprétation touchante de Theodorakis lui-même :

 

Vidéo : kucilio
Sur youtube : Stathis Kollias

 

Voir aussi

Biographie et choix de textes sur le site espritsnomades.com

Poèmes publiés sur la République des Lettres

Biographie de Seferis sur wikipedia

Discours de Georges Séféris quand il a reçu le Prix Nobel de littérature en 1963

 

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Commentaires
D
À TOUS<br /> MERCI BEAUCOUP pour vos messages qui complètent cet article. La mise en musique du poème par Théodorakis m'avait échappée (et pourtant je l'ai cherchée) !
Répondre
A
Une langue simple et légère qui parle à mes sens.
Répondre
P
Les quatre premiers vers ont été mis en musique par Théodorakis (quand il était en résidence surveillée à Zatouna, Arcadie, il me semble), et chantés par Maria Farandouri dans les années 70, et aussi plus tard par Elefteria Arvanitaki<br /> La version de Farandouri, c'est la version historique, irréprochable. J'aime bien Arvanitaki, mais sa version est un peu guimauve à mon sens...<br /> La première version que j'ai entendue, et que je viens de retrouver sur le net, c'était celle de Cristina Cünne, une Néerlandaise qui a beaucoup chanté Théodorakis au tout début des années 70, en solidarité avec les Grecs écrasés par la dictature. Une version un peu empesée, trop classique, avec un accent pas fabuleux, mais embellie par le souvenir.<br /> Théodorakis a mis en musique bien d'autres extraits du recueil...
Répondre
E
Quel merveilleux poème, Petros Pandis a chanté les premières lignes du poème sur la musique Théodorakis, je l'ai mis en ligne sur ma chaîne YouTube : https://www.youtube.com/watch?v=8Agg3LKRf9c<br /> Merci Dornac votre blog toujours très intéressant.<br /> Hélène
Répondre