• Dionysios Solomos : L'empoisonnée * Ἡ φαρμακωμένη

    Dionysios Solomos : L'empoisonnée * Ἡ φαρμακωμένη

    Hommage d'un grand poète grec du XIXe siècle à une femme humiliée par la vindicte populaire.

     

    L'empoisonnée

    Toutes mes chansons tu me les disais,
    mais celle-ci tu ne vas pas la dire,
    mais celle-ci tu ne pourras l'entendre
    hélas ! Allongée dans la tombe.

    Ô vierge ! Au moins si les larmes avaient
    pouvoir de rendre la vie aux morts,
    j'ai tant pleuré pour toi que tu devrais ce soir
    en retrouver ton premier souffle.

    Mon dieu ! Je te revois encore, assise,
    le front pâle, à mes côtés.
    « Qu'as-tu ? » T'avais-je dit, et tu me répondis :
    « vivre ne m'est plus rien, je boirai le poison. »

    Terrible la main qui te le fit boire,
    belle jeune fille, et ce corps fidèle
    qu'aurait dû ennoblir la robe nuptiale
    porte aujourd'hui le dur linceul.

    Ton corps ici, dans une tombe,
    ton corps repose, intact et pur,
    malgré l'accusation du monde,
    malgré ces mots qu'ils te lancèrent.

    Si tu avais pu les entendre,
    ah, qu'aurait-elle dit, ta bouche :
    « Ni le poison, ni la souffrance
    ne furent point choses si rudes. »

    Monde menteur, ces malheureuses,
    tant qu'elles vivent tu les chasses,
    monde inhumain, quand elles meurent,
    il faut que tu les déshonores !

    Ah tais-toi donc, qu'il te souvienne
    que tu as fille, femme, sœur,
    tais-toi ! La malheureuse dort
    intacte et pure dans sa tombe.

    Le jour viendra qu'elle s'éveille
    pour être jugée face à tous,
    et vers le Créateur levant
    avec respect ses deux bras blancs,

    Elle dira : « Seigneur, regarde
    dans mes entrailles, là, hélas
    oui, je les ai empoisonnées,
    mon Père, ô Toi qui m'as créée,

    Mais regarde dans mes entrailles
    qui pleurent leur ravage, et dis,
    dis au monde implacable qui m'a condamnée
    s'il est ici d'autres blessures. »

    Ainsi tendant ses deux bras blancs
    vers son Seigneur parlera-t-elle.
    Monde, tais-toi : intacte et pure
    elle repose dans sa tombe.

     

    Ἡ φαρμακωμένη

    Τὰ τραγούδια μοῦ τἄλεγες ὅλα
    Τοῦτο μόνο δὲν θέλει τὸ πεῖς,
    Τοῦτο μόνο δὲν θέλει τ᾿ ἀκούσεις,
    Ἄχ! τὴν πλάκα τοῦ τάφου κρατεῖς.

    Ὦ παρθένα! ἂν ἠμπόρειαν οἱ κλάψαις
    Πεθαμένου νὰ δώσουν ζωή,
    Τόσαις ἔκαμα κλάψαις γιὰ σένα,
    Ποὺ θελ᾿ ἔχεις τὴν πρώτη πνοή.

    Συφορά! σὲ θυμοῦμ᾿ ἐκαθόσουν
    Σ᾿ τὸ πλευρό μου μὲ πρόσωπο ἀχνὸ
    «Τί ἔχεις» σοῦ ῾πα καὶ σὺ μ᾿ ἀποκρίθης
    «Θὰ πεθάνω, φαρμάκι θὰ πιῶ».

    Μὲ σκληρότατο χέρι τὸ πῆρες,
    Ὡραία κόρη, κι αὐτὸ τὸ κορμί,
    Ποὺ τοῦ ἔπρεπε φόρεμα γάμου,
    Πικρὸ σάβανο τώρα φορεῖ.

    Τὸ κορμί σου ἐκεῖ μέσα στὸν τάφο
    Τὸ στολίζει σεμνὴ παρθενιά,
    Τοῦ κακοῦ σὲ ἀδικοῦσεν ὁ κόσμος,
    Καὶ σοῦ φώναζε λόγια κακά.

    Τέτοια λόγια ἂν ἠμπόρειες ν᾿ ἀκούσεις,
    Ὂχ τὸ στόμα σου τ᾿ ἤθελε βγεῖ;
    «Τὸ φαρμάκι ποὺ ἐπῆρα, καὶ οἱ πόνοι,
    Δὲν ἐστάθηκαν τόσο σκληροί.

    Κόσμε ψεύτη! ταὶς κόραις ταὶς μαύραις
    κατατρέχεις ὅσο εἶν᾿ ζωνταναίς,
    Σκληρὲ κόσμε! καὶ δὲν τοὺς λυπᾶσαι
    Τὴν τιμήν, ὅταν εἶναι νεκραίς.

    Σώπα, σώπα! θυμήσου πὼς ἔχεις
    Θυγατέρα, γυναίκα, ἀδελφή,
    Σώπα ἡ μαύρη κοιμᾶται στὸ μνῆμα
    καὶ κοιμᾶται παρθένα σεμνή.

    Θὰ ξυπνήσει τὴν ὕστερη ἡμέρα,
    Εἰς τὸν κόσμον ὀμπρὸς νὰ κριθεῖ,
    Καὶ στὸν Πλάστη κινώντας μὲ σέβας
    Τὰ λευκά της τὰ χέρια θὰ πεῖ:

    «Κοίτα μέσα στὰ σπλάχνα μου, Πλάστη!
    τὰ φαρμάκωσα ἀλήθεια ἡ πικρή,
    καὶ μοῦ βγῆκε ὂχ τὸ νοῦ μου, Πατέρα
    Ποὺ πλασμένα μοῦ τἄχες Ἐσύ.

    Ὅμως κοίτα στὰ σπλάχνα μου μέσα,
    Ποῦ τὸ κρίμα τοὺς κλαῖνε, καὶ πές,
    Πὲς τοῦ κόσμου, ποὺ φώναξε τόσα,
    Ἐδῶ μέσα ἂν εἶν᾿ ἄλλες πληγαίς».

    Τέτοια ὀμπρὸς εἰς τὸν Πλάστη κινώντας
    Τὰ λευκά της τὰ χέρια θὰ πεῖ.
    «Σώπα, κόσμε! κοιμᾶται στὸ μνῆμα,
    καὶ κοιμᾶται παρθένα σεμνή».

         
    Traduit du grec par Dominique Grandmont in
    37 poètes grecs de l'Indépendance à nos jours,
    P.J.Oswald, 1972
              Διονύσιος Σολωμός, 1826

     

    Le poème, datant de 1826 a été « écrit après le suicide d'une amie du poète sous la pression de l'opinion publique qui mettait en doute la pureté de leurs relations » précise le traducteur qui ajoute que c'est une « Protestation contre la dureté de la condition féminine, écrite dans un style provincial ionien. »

    Le poème a été mis en musique par Nikolaos Mantzaros (Νικόλαος Μάντζαρος) en 1826 (c'est le même compositeur qui a fait l'hymne national grec sur un autre poème de Solomos) :

     

    Vidéo : DemetrAris
    Choeur Spyrou Kapsaski, orchestre EIR, direction musicale : Antiochos Evangelatos, 1957
    Χορῳδία Σπύρου Καψάσκη. Ὀρχήστρα Ε.Ι.Ρ. μουσικὴ διεύθυνσις: Ἀντίοχος Εὐαγγελάτος, 1957

     

    Dessin en tête d'article d'Anna Kindyni : Le secret, 1965
                                    
    Άννα Κινδύνη : το μυστικό, 1965

     

    Liens / Links

    Dionysios Solomos : biographie sur projet homère

    Biographie sur Wikipedia

     

     

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  • Commentaires

    3
    Dimanche 22 Octobre à 12:20
    dornac

    C'est aussi un post en hommage aux hommes qui aiment réellement les femmes (et qui veulent donc qu'elles soient respectées).

    Je viens à l'instant de découvrir un article sur Atlantico (journal en ligne que je n'aime pas mais où l'on trouve parfois des articles intéressants) où l'auteur file la métaphore avec beaucoup de drôlerie (il s'agit d'Hugues Serraf) pour protester contre les violences faites aux femmes.

    2
    lizagrece
    Dimanche 22 Octobre à 08:27

    Un drame... Une époque. 

      • Dimanche 22 Octobre à 11:17

        Une époque ?

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