• Haris Alexiou, concert à Kavala, 3 août 2009.

     

    La grande résonance Alexiou.

    Sa voix grave va chercher en profondeur, loin, loin au fond, la résonance. Elle chante sensuellement avec les tripes, le ventre, et même plus bas, du fond des volcans, depuis la cathédrale.
    Elle est arrivée sur scène, levant les bras vers la foule, et même un peu en s’étirant, le sourire large, comme un chat qui va se poser là, chez lui, sur la scène.

     
    Haris Alexiou, concert in Kavala (Greece), 08/03

    The great resonance of Alexiou.
    Her low voice is searching in the abyss of the body, deep, deep the resonance. She sings sensually with the stomach and lower, from the depth of the volcanos, from the cathedral.
    She arrived on stage, hands up to the crowd, stretching a little, with a large smile, like a cat who is going to settle down, at home, on the scene.

         
     
    Video : Στιγμές Ελληνικής Τηλεόρασης
     

    Elle prend le temps des mots avant la musique. A ceux qui sont proches de la scène, elle adresse un geste, un sourire, un regard, plaisante, en interpelle un comme pour répondre à une apostrophe, emprunte le portable d’un autre en disant « nous sommes en concert » au combiné, avec gentillesse. Elle chante… elle provoque le public parce que les mots « s’agapo » (je t’aime) ne sont pas répétés avec assez de ferveur. Le public obeit.

     

    She takes the time for words before each piece of music. To whom are closed to the stage, she gives a wave, a smile to one, a deep look to another, she is kidding, she calls someone as if she was answering another call, she borrows a mobile phone from another saying “we are in concert” to the receiver, kindly. She sings... she teases the public because the words « s’agapo » (I love you) are not repeated with enough fervor. The public obeys.

      

    Απόψε θέλω να πιω/ Ce soir, je veux boire/ Tonight, I want to drink
    (video amycus69)

    La grande secousse Alexiou, la vague, flux, reflux, les Grecs la suivaient, habitués aux caprices de la mer, complices et en accord avec les orages de ses émotions. Elle s’arrêtait parfois quelques secondes, la voix coupée, comme pour arrêter le débordement. C’était alors comme si elle basculait avec ses larmes et le public la remettait aussitôt en scène par quelques applaudissements d’encouragements, au-devant de la scène.
    Reprendre son souffle. Le violoniste, les deux pieds bien en terre était toujours souriant et confiant, lui et tout l’orchestre semblaient discrètement émus, habitués, et là, toujours là, comme un soutien indéfectible quoiqu’il arrive. L’instant où surgit la douleur, son visage se bouleverse, ses gestes se rétrécissent, elle se contracte comme pour faire sortir une forme de cette paralysie, et sa force jaillit d’un coup.
    C’est parfois comme si elle allait étrangler la foule. Puis la rage passe...

    Sa sincérité bouleverse.
       

    The great shake of Alexiou, the wave, the ebb and flow, the greeks followed her, used to the caprices of the sea, accomplice and agreeing with all its storms and its emotions. Sometimes she stopped a few seconds, the voice cut, as if she stopped the overflow. It was as if she was rocking with her tears the crowd carried her soul immediately back on stage with applauses and cheers.
    Taking a breath. The violonist, two feet on earth, was still smiling and confident, he and all the orchestra seemed discretly moved, used to it, and there, still there as an indestructible support whatever happens. The instant when the pain is appearing, her face is distressed, her gesture becomes short, and she tenses herself as if she was trying to get rid of this paralysy, then suddenly strengh comes out in once.
    Sometimes, it was if she was about to strangle the crowd. Then rage passes...

    Her sincerity overthrows.
         

    Elle se recomposait en s’éloignant, en allant écouter ses musiciens.
    On passait à une autre chanson et elle plaisantait à nouveau, riait avec et aux dépens du public qui en riait lui aussi, et qui la suivait, en haut, en bas, en l’air, en apesanteur, en profondeur.
    Les Grecs sont beaux pendant les concerts, leur visage est grand ouvert, épanoui, souriant, apaisé par la voix chaleureuse de Haroula. Ils se balancent doucement, s’enlacent, et chantent.

    Je n’ai pas compris ce qu’elle leur disait, j’imaginais ses mots tendres, bousculant, tranchants, émus. J’ai vu des visages se retourner les uns sur les autres avec surprise et gêne finalement emportés par l’enthousiasme, elle possède ses spectateurs, et séduits, leur corps répondait « d’accord, endaxi, comme tu voudras… ».

     

    She was recomposing herself in one piece by going away, listenning to her musicians.
    Another song played and she was kidding again, laughing with and at the public who laughed about itself as well, and which was following her, up, down, in the air, in weightlessness, in the depth.
    Greeks are beautiful during the concerts, their face is wide opened, full blown, smiling, cooled by the warm voice of Haroula. They rock sweetly, clasping eachother, and they sing.

    I didn’t understand what she said, I imagined tender words, disturbing, cutting short, moved. I saw some faces turning one to another with surprise and akward but they let themselves go with the flow of enthousiasm, she owns the public, and seduced, their body responded “ ok, endaxi, as you want... ”.

         
    Don't try to find anybody behind the smoke, there were nobody yet on the stage.
     

    Le pianiste grisonnant à la chevelure romantique, était assez sérieux, beau.
    Le contrebassiste et chanteur semblait parfois totalement enfermé sur lui-même comme suspendu au-dessus du concert mais en symbiose avec les autres. Le visage mouvant. Un peu fou…
    Le percussionniste aussi était parfois ailleurs, les yeux fermés, le visage enveloppé d’une chevelure longue et bouclée. Il battait, il battait… puis il rouvrait les yeux sur la foule, en battant...
    Le guitariste (et bouzoukiste) semblait toujours là pour donner le maximum, casquette sur la tête, prêt à répondre aux demandes de la foule avec tendresse et passion.
    Un autre guitariste discret, discret… pardon, je l’ai mal vu.
    Lorsqu’elle provoquait le violoniste, il lui adressait quelques miaulements de violon qui amusaient la foule.

    Il y a Socrate parmi ses musiciens. A moins qu’elle ne parlait de Socratis Malamas. Elle a chanté une de ses chansons. Socrate, Socrate…

       

    The grey headed pianinst, with romantic hair, was very serious, handsome.
    The bass player and singer was sometimes totally in himself as if he was hanging above the concert but still in symbiosis with the others. His moving face. A little crazy…
    The percussionnist was also sometimes elsewhere, eyes closed, the face with a long curly hair in on. He beated, beated... then he opened his eyes again on the crowd, beating...
    The guitarist (and bouzoukist) always seemed there to give the maximum, cap on, ready to answer to the crowd’s demand, with tenderness and passion.
    Another guitarist, discreet, so discreet, sorry, I didn’t see him very well.
    When she was teasing the violonist, he miaowed at her with his violon, and made people laugh.

    There is Socrates amongst her musicians. Or perhaps she was talking about Socratis Malamas. She sang one of his songs. Socrates, Socrates...

         



    Concert 2006 avec Socratis Malamas et Alkinoos Ioannidis
    O κήπος - O Kipos (le jardin, the garden)
    Στίχοι & Μουσική .  Σωκράτης Μάλαμας
    Lyrics and music : Socratis Malamas

    Elle les a laissé seuls avec le public pendant quelques minutes – à un moment improvisé peut-être ?-, et c’était comme les élèves d’une classe où la maîtresse s’absente de la salle : ils se sont défoncés avec le public. Elle est ensuite revenue hilare, comme si derrière la porte, elle avait tout entendu. Et le concert a rebondi joyeusement, un semi-rire intarissable inondant les musiciens et la chanteuse.

    Les rappels (« ki allo !ki allo : une autre ! une autre ! ») ont été trop nombreux. Une femme criait dans mes oreilles « i nefeli, i nefeli » (allusion au tango tis nefelis) d’une voix de crécelle. Je n’arrivais pas à y croire. Ha non ! Pas de Nefeli droit dans mes oreilles comme ça ! Dans les oreilles d’un autre !

    Haris Alexiou a préféré chanter une autre berceuse, destinée à aller gentiment se coucher.
     

    She let them alone with the public during some minutes – at an unexpected moment perhaps ? – and it was like the pupils of a class where the teacher is gone : they got mad with the public. Then she came back, laughing as if, behind the door, she had heard everything. And the concert rounded happily, an inexhaustible half-laugh stuck on the musicians and the singer face.

    The public called her back many times (« ki allo !ki allo : another ! another ! »). Too much. A woman was shouting in my ears “ i nefeli, i nefeli “ (allusion to tango tis nefelis) with a rasping voice. I couldn’t believe it. No ! No Nefeli straight in my ears like this ! In someone else’s ears !

    Haris Alexiou prefered to sing another lullaby, in order to go to bed quietly.

         
     
    Όλα σε θυμίζουν Ola se thymizoun
    (Tout me fait penser à toiEverything reminds me of you)
    Στίχοι/paroles/lyrics : Μανώλης Ρασούλης Manolis Rasoulis
    Μουσική/Music : Μάνος Λοΐζος Manos Loïzos
    (concert -tribute to Manos Loizos- in Athens, Herode Atticus theater, 2007)
    video: ClipMan2008
     

    Stéphane le fan.

    « Fan » est un mot que l’on déteste, surtout si l’on veut jouer au bourgeois. Et pourtant, même avec le contrôle convenu des émotions, comment nier l’enlèvement ? J’ai été enlevée par Alexiou.

    Stéphane, lui, c’est pire.
    Comment expliquer cela ? Stéphane, ce n’est pas un enlèvement ou une secousse qu’il a reçue, mais un tremblement de terre.
    « Fan » : On voit les femmes hurler devant la scène, s’arracher les cheveux, faire des crises d’hystérie… Non Stéphane ne s’est pas roulé par terre, il n’a pas poussé des cris de furies.

    Stéphane, Stéphanos en grec, je l’ai rencontré au camping de Kavala. On avait un peu de mal à communiquer. Je parlais un peu le grec mais je ne comprenais pas ses réponses, ou mal. Il semblait maladroit en anglais, alors je n’osais pas lui parler anglais, du coup, c’était un langage un peu étrange, à base de grec, de langue des signes, d’anglais timide.

     

    Stephan, the fan.

    « fan » is a word that you can’t stand aspecially if you play the bourgeois. Though, even with the conventional selfcontrol, how to deny the carrying away ? I have been carried away by Alexiou.
    For Stephan, it was worse.
    How to explain ? For Stephan, it was not just a carrying away or a shake he received, but an earthquake.
    “Fan” : you always see women shouting at loud in front fo the stage, rooting up their hair, in a hysterical crisis... No, Stephan didn’t roll on the floor, he didn’t shout like Furies.

    Stephan, Stephanos in Greek, I met him in Kavala’s camping. We communicated hardly. I spoke a little greek, but I didn’t understand the answers, or badly. He seemed not at ease in english, so I didn’t dare to speak to him in english, finally, the language we had was a little strange, made of Greek, deaf signs, shy English.

    Kavala (North East of Greece)
     

    Lorsque je suis arrivée au camping de Kavala, ma voisine s’est précipitée pour m’aider à nettoyer mon emplacement et monter ma tente. Je n’avais rien demandé. Mais c’est comme ça avec les Grecs, quelques fois, il faudrait se cacher pour ne pas être aidé.
    Son chaton venait de temps à autre me faire une visite acrobatique (vous savez, les chatons dansent beaucoup, ils jouent avec les mouches, la poussière, les toiles de tentes…). Ma voisine venait alors le chercher et on échangeait quelques mots, en grec.

    De l’autre côté, d’autres voisins, un homme fort, à la bedaine fière, l’air patibulaire, étendait des fils d’arbres en arbres pour suspendre ses trois ou quatre cages d’oiseaux devant sa caravane.
    Il y avait une demie douzaine de personnes dans chacune de ces familles, hommes, femmes, enfants en bas âge, adolescents d’une vingtaine d’années dont Stéphanos faisait partie. Il passait de l’une à l’autre famille. En fait c’était la même famille. Une famille qui habitait Kavala et qui prenait ses vacances au camping. Plus tard, Stéphanos m’a dit que le manque d’argent ne lui permettait pas de voyager.

    Un matin, celui de mon départ, Stéphanos me salue pour la première fois. On échange quelques mots. Je lui explique que je suis venue à Kavala parce que je voulais voir le nord de la Grèce, parce que j’avais vu le film « Topkapi » (une scène se passe à Kavala) avec Mélina Mercouri et parce que j’allais le soir même, assister au concert de Haris Alexiou.
    Il m’a tout de suite dit qu’il y allait aussi. Haris Alexiou était son agapiméni (sa chanteuse préférée). Je lui ai indiqué comment obtenir un billet. Il m’a proposé de m’emmener au concert.

     

    When I arrived in Kavala’s camping, my neighbour rushed to help me to clean the place and build up my tent. I didn’t ask anything, but sometimes, with Greeks, it’s like that, you should hide if you don’t want to be helped.
    Her kitty came sometimes to make an acrobatic visit (you know kitties dance a lot, the play with flies, with the dust, and the canvas of the tents...). So, my neighbour came to catch it and we exchanged some words, in greek.

     

    On the other side, other neighbours, a strong man, with a big belly, with a sinister look, stretched string on the trees in order to hang up three or four birds’ cage in front of his caravan.
    There were about six persons in each family, men, women, very young children, teenagers about 20, like Stephanos. He was going from one family to another. In fact, it was the same family. A family who lived in Kavala and took their vacations in Kavala’s camping. Later, Stephanos told me he laked money to travel.

    One morning, just when I am going, Stephanos salute me for the first time. We exchange some words. I explain to him that I went in Kavala because I wanted to see the north of Greece, because I saw “Topkapi” (one scene takes place in Kavala) with Melina Mercouri and because I was going, this night, to Haris Alexiou’s concert.
    He told me he was going there too. Haris Alexiou was his agapimeni (his favorite singer). I told him how to get a ticket for the concert. He proposed me to go there together.

         
    « Topkapi » (1964, by Jules Dassin)
    with Melina Mercouri, Maximilian Schell, and Peter Ustinov (here in Kavala)
     

    Il s’intéressait à la musique des langues et me demandait si le grec était agréable à entendre. Oui, le grec est musical. Il voulait absolument entendre le Français, une chanson en Français. Malheureusement je n’avais dans mon mp3 que des chansons grecques, la seule chanson française que j’avais («Cette blessure » de Ferré) était chantée par une grecque, Angelique Ionatos. Il adorait le Français. Il voulait l’apprendre. Et il voulait écouter d’autres chansons d’Angélique Ionatos dont il appréciait la voix et qu’il ne connaissait pas. Religieusement, il allait en l’écoutant de « ouaw » en « ouaw ».

    Le soir, à cheval sur son scooter,
    Nous décollions à 100 à l’heure.
    Les cheveux zo vent,
    Que m’importait de mourir

    Si c’était un train d’en---fer !

    J’ai découvert sur le trajet une partie de la ville que je ne connaissais pas, au-dessus de la mer.
    Dans les tribunes du stade où avait lieu le concert étaient assises les personnes âgées et les mères de famille avec leurs enfants. Les jeunes (jusqu’à 40-50 ans) étaient devant la scène, debout.
    Durant tout le spectacle, Stéphanos était collé à la scène, la bouche bée, la tête en position propice aux torticolis. Le suivre m’a permis d’être au cœur de la foule debout, assez proche de la scène.
    A la fin du spectacle, je ne le trouvais plus. Et puis il a suffit d’observer les gens qui attendaient la chanteuse le long des barrières pour le voir. Il parlait avec des Hollandais. Les Hollandais attendaient de pied ferme l’autorisation d’aller voir Haris Alexiou pour prendre une photo avec elle.
    Quelqu’un est venu dire qu’elle était fatiguée. Les Hollandais ont insisté. Stéphanos a indiqué qu’une française attendait aussi (eh mais… il parle de moi là ?). J’étais un peu obligée de rester avec lui… Et si elle acceptait, qu’est-ce que j’allais dire, hein ? A la fin d’un concert, on a tant reçu qu’on est sans voix. Trouver les bons mots, c’est difficile, on n’est jamais à la hauteur. Je n’avais pas de fleurs.
    Stéphanos, en apprenant qu’il pouvait aller la voir, m’a saisie par la main avec émotion et l’a gardée  comme si on était amant. J’ai un peu fui. Il a lâché ma main puis il est parti en courant comme une souris vers le camion-loge de l’artiste.
    Au loin, je l’ai vu s’arrêter devant Haris Alexiou puis il s’est brutalement détourné d’elle comme si un mort s’était levé. Une fraction de seconde, j’ai eu peur : L’uomo di sasso ? L’uomo bianco ? En arrivant près de lui, je l’ai vu éclater en sanglots. J’étais soulagée de voir que Haris Alexiou était BIEN vivante. Stéphanos ne contrôlait plus rien, il tournait sur lui-même en pleurant. C’était touchant et déroutant. Je me suis sentie brutalement alourdie par ses seaux de larmes, ne sachant pas où les poser. Il était resté collé à la scène pendant tout le spectacle aux pieds de la chanteuse, peut-être qu’une larme de Haris Alexiou tombée dans son œil avait-elle déclenché tous ces torrents en lui. C’est un peu « o kiklos tou nérou », le cycle de l’eau... quand la mer se déchaîne, les nuages pleurent. Même l’apparition de la vierge Marie ne l’aurait pas mis dans cet état.

        
    He was interested in the music of the languages and asked me if Greek was pleasant to hear. Yes, Greek is musical. He wanted a lot to here French, a song in French. Unfortunatelly, I just had greek songs in my mp3, the only song in French I  had ("Cette blessure" by Ferré) was sung by a greek woman, Angeliki Ionatos. He loved french. He wanted to learn it. He wanted to listen to other songs of Angeliki Ionatos whom he appreciated the voice and didn’t know before. Religiously, he was saying “waow” and “waow” as he was listening to her.

    At night, riding the scooter,
    We landed off further.
    Hairs in the wind
    However I could die if it was in

    A fast run!

    I discovered on the  road a part of the city I didn’t know, over the seaside.
    On the steps of the stadium where the the concert took place, old persons, housewives with children were sitting.
    Young people (until 40-50 years old) were in front of the scene, upright.
    During the whole show, Stephanos was stuck to the stage, mouth wide opened, having the head bent risking a torticollis. Following him was a good thing to stand not far from the stage, upright.
    At the end of the show, I didn’t find him anymore. And then, I just had to watch at the people who were wainting for the singer along the fence to see him. He was talking to Dutch people. The Dutch were strongly waiting for the permission to see Haris Alexiou to take photos with her.
    Someone came to say she was tired. The Dutch insisted. Stephanos said that a French woman was waiting too (hey... is he talking about me ?). I was obliged to stay with him... And if she accepted, what the fuck would I say ? After a concert, you received so much that you don’t have voice anymore. Find the right words, it’s hard, you are never at the level. I didn’t have flowers.

    Stephanos, learning that he could see her, took suddenly my hand with emotion and kept it as if we were lovers. I flew a little. He dropped my hand and ran away like a mouse to the place of the artist.

    From far, I saw him stopped in front of Haris Alexiou then turned back from her as if a dead man stood up.
    In a second, I was scared : L’uomo di sasso ? L’uomo bianco ? When I arrived close to him, I was him bursting in tears. I felt relieved that Haris Alexiou was WELL alive. Stephanos didn’t control anything anymore, he was turning on himself, crying. It was touching and confusing. I felt suddenly heavy with two buckets of tears, ignoring where to put it. He had stood stuck to the sene during the whole concert at the feet of the singer, perhaps one of Haris Alexiou’s tears dropped in his eye leading Niagara falls. It was a sort of “ o kiklos tou nérou ”, the water cycle... when the sea is growing, the clouds are crying. Even Virgin Mary’s apparition wouldn’t have done the same on him.
     

    Haris Alexiou, aux côtés de son manager avait des allures d’ambassadrice. Souriante, généreuse, le regard profond et tendre. Elle est très belle. Très belle. Son manager (si elle ne l'était pas, elle m'a du moins donné cette impression) était une femme très attentive, calme, filant doucement d’un côté et de l’autre, encadrant l’espace par quelques mots deçi delà, distribuant des cartes pour l’autographe de la chanteuse. Une présence discrète et forte.

    Haris Alexiou s’est tournée vers moi : « ia sas ! » comme pour me réveiller. Devant l’urgence de l’état de Stéphanos, j’ai préféré l’orienter vers lui. Elle lui a lancé un « iati klais ? » (pourquoi pleures-tu ?) revigorant. Il s’est effondré « patera mou… » qui semblait répondre à un « mitera mou » que j’avais entendu pendant le concert. Elle l’a pris dans ses bras, il s'est arrêté net de pleurer, et je n’ai pas compris le reste de la conversation… Il avait à peine 17 ans, c’est encore plus dur à cet âge de ranger ses émotions au bon endroit. J’ai ensuite échangé deux ou trois mots avec la chanteuse, en Français parce que j’étais un peu lâche et je savais qu’elle parlait couramment la langue. Stéphanos, encore un peu impatient, voulait une photo avec Haris Alexiou. Il m’a tendu l’appareil, j’ai fait la chose vite. Dans la précipitation, j’ai photographié les pieds. Il a regardé le résultat de la photo. Il a eu un temps d’arrêt. Il n’a rien dit. Il s’est finalement calmé. J’avais dû prendre la photo correctement.

    Avant de reprendre le scooter, j’étais encore inquiète. Stéphanos ne disait plus rien. « Siga, siga » je lui indiquais que je préférais qu’il conduise doucement. Il a conduit comme un chef en me ramenant sur sa machine, les cheveux zoo vent…

     

    Haris Alexiou, with her manager, looked like an ambassadress. Smiling, generous, with a deep and tender look. She is very beautiful. Very Beautiful. Her manager (if she wasn't, she, at least, gave me this feeling) was a very attentive woman, quiet, stepping slowly from one part to another, squaring the space by words here and there, giving cards for the autographs of the singer. A discreet and strong presence.

    Haris Alexiou turned towards me : “ia sas !” as if she was waking me up. In front of the emergency of Stephanos’ state of mind, I prefered to point her his direction. She adressed him a revivifying “iati kles ?” (why do you cry?). He quiet fell in a “i patera mou” which answered a “i mitera mou” that I heard during the concert. She took him in her arms, he suddenly stopped crying, and I didn’t understand the rest of the conversation... He was about 17 years old, it is more difficult at this age to know how to put each emotion in the right place. I exchanged few words with the singer, in French because I was a little coward and I knew she spoke it fluently. Stephanos, still impatient, wanted a photograph with Haris Alexiou. He gave me the camera, I did it quick. In the hurry, I took the feet. He looked at the result of the photo. He stood stuck and quiet a moment. Finally, he seemed to be ok, calm. I might have taken the photo rightly.

    Before taking the scooter, I was still a little worried. Stephanos wasn’t saying anything anymore. “siga, siga” I indicated to him that I prefered him to drive carefully. He drived like a chief on his machine, to take me back, hair in the air...

    Ένα στεφάνος για Χαρούλα

    Couronne d’or. Musée de Vergina.
    The golden Crown. Museum of Vergina.

    Liens/Links:

    Site de Haris Alexiou 

    Haris Alexiou sur Wikipedia

    Concerts Haris Alexiou

    Critiques et commentaires sont bienvenus.   Critics and comments are welcome.
                                    



    Voir aussi : Kavala

    « Alkinoos Ioannidis, concert à Epidaure, 17 juillet 2009Constantin Cavafis : Une nuit * Μια Νύχτα »
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  • Commentaires

    1
    Dimanche 30 Août 2009 à 17:19
    annie
    this is honestly one of the best descriptions of a concert I have ever had the luck to read. You describe every emotion accurately and you are a very good observer. I am glad you can appreciate the emotional power of these concerts. greeks are indeed a good audience most of the times. they participate into what happens, they don't just sit and watch the stage.

    You know I have really stopped listening to greek music, cause, as I grew older, I was attracted to a different sound that the usual oriental folk we listen in Greece all the time.  I prefer going to rock concerts these days, cause I have a good time, and I laugh a lot, and I jump and feel the energy of the people, which is so much different. Sometimes angry, but elated, in the end.

    All that emotional seawaves of the greek folk sound makes me sad and when I am sad I always want to cry :)
    So, I say to myself... that's why I am a rock n' roller, cause I've already cried my tears, inside and outside....!
    2
    Vendredi 4 Septembre 2009 à 10:57
    Dornac
    I love concerts because I feel really IN Greece at this time. People are leaving everything, as if deep inside was emerging out. I love people who love music like that.

    Let me a little time to find again a rock by Alexiou, I am sure I have seen something on youtube... Anyway, she is happy on scene, not only crying. It was a very short moment in the whole laugh.

    Ευχαριστώ πολή Annie. You rock !
    3
    Mardi 8 Décembre 2009 à 23:02
    josette
    Merci de me faire découvrir cette chanteuse. Je connais le film Topkapi et Kavala mais je n'avais jamais fait le lien entre les deux. Je )pensais que c'était tourné en Turquie !
    J'ai vu cette ville  pour aller à Thassos  où j'ai séjourné. En Grèce, je n'ai rien vu plus à l'Est. Ultima Anatoli ...
    4
    Mercredi 9 Décembre 2009 à 13:20
    Dornac
    Merci. Tant mieux. Est-ce que tu aimes Haris Alexiou?
    Topkapi a été tourné en Turquie, à Istanbul, c'est le nom du musée où se trouve la fameuse dague. Quand j'y suis allée, j'étais un peu déçue : la dague est dans une vitrine et non pas, comme dans le film, sur un mannequin habillé en costume (on réagit comme les gosses des fois...).
    L'une des premières scènes se déroule en Grèce à Kavala (comme le montre la photo). C'est à ce moment là que les deux larrons (M.Mercouri et M. Schell) vont prendre contact avec Peter Ustinov pour l'inciter à faire passer des armes par la frontière et l'embarquer dans le vol de la dague.
    5
    Vendredi 1er Janvier 2010 à 13:15
    Dornac
    Anastasia,

    Did your Mary Poppins do some tricks before all Greeks put a foot in the new year?

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    6
    Samedi 2 Janvier 2010 à 19:19
    annie
    hahahah... priceless!!!!!!!!
    7
    Samedi 16 Octobre 2010 à 19:38
    8
    Lundi 24 Janvier 2011 à 17:20
    Régis Hulot

    Nous allons l'écouter à Paris le 9 juin.

    Vivement que cela arrive, j'en suis déjà tout retrourné.

     

    RH

    9
    Lundi 24 Janvier 2011 à 18:32
    Dornac

    Ah je vois... au point d'ajouter des "r" : il est des airs qui changent d'air, l'air de rien...
    Merci pour votre commentaire (comment taire?).

    10
    Jeudi 9 Juin 2011 à 11:39
    Régis Hulot

    Dans quelques heures, le train, puis le métro, boulevard des Capucines, l'Olympia.

    Et le coeur tout grand ouvert.

    A bientôt.

    11
    Vendredi 10 Juin 2011 à 12:07
    Dornac

    C'était bien, hein ? (j'y étais moi aussi)

    12
    Lundi 13 Juin 2011 à 17:38
    Régis Hulot

    Nous étions jeudi soir à l'Olympia. Arrivés vers 19h30 sur le trottoir du boulevard des Capucines, après une longue promenade à travers Paris depuis la gare Montparnasse (tiens, le mont Parnasse, encore la Grèce!) qui nous a fait prendre la rue de Rennes, la rue des Saints-Pères, les jardins du Palais-Royal (pour le pique nique), la rue de Richelieu (pour la BN), la rue Daunou (pour son charmant théâtre et le Harry's Bar), et le boulevard des Capucines...

    On parlait beaucoup grac sur ce trottoir, on se reconnaissait, on s'embrassait, on se retrouvait, c'était presque une atmosphère de fête de famille.

     

    Le long couloir, le foyer avec son bar, et enfin la grande salle et son rideau rouge.

    Et dès que la salle a aperçu Harris, des gens qui se lèvent, qui crient, qui applaudissent, le prélude à près de trois heures de spectacle, de joie, de nostalgie (encore un mot grec!), de bonheur partagé.

     

    Évidemment, comme je ne comprends ni ne parle le grec (à la différence de ma compagne qui enseigne le grec ancien), il a bien fallu que je me contente de la musique, mais c'est déjà énorme. Et quelle n'a pas été ma surprise et ma joie, puisqu'elle a chanté "Padam padam" que chantait Piaf. Et, alors même que plus de trente ans après la mort de son auteur je n'imaginais plus voir chanter "Ne me quitte pas" en public, et encore moins sur cette scène mythique de l'Olympia, j'ai entendu ces petites notes au piano, et les premières paroles de cette musique m'ont retourné le coeur - et je me souvenais encore des paroles...

     

    Quelle belle, quelle bonne, quelle heureuse soirée.

     

    Merci, Madame, merci pour ce moment de grand bonheur.

    13
    Jeudi 16 Juin 2011 à 00:49
    Dornac

    Merci pour ce témoignage. Vous pouvez lui adresser des messages sur facebook ou sur son site. Ici, il y a peu de chance qu'elle lise vos remerciements.

    14
    Mardi 20 Septembre 2011 à 15:10
    Dornac

    Elle s'en fout... Enfin, j'espère.

    Nota bene : Je suis obligée de pratiquer la "modération" depuis qu'une entreprise coréenne (du nord, en plus!) s'acharne à vouloir introduire de la publicité sur mon blog. Il y aura donc du retard dans la parution de tes commentaires (et de ceux des autres). Si jamais ils n'apparaissent jamais c'est qu'il y a un problème (certaines personnes ne peuvent plus mettre de commentaires).

    15
    Dimanche 28 Octobre 2012 à 01:24
    Fred Milongeroz

    C'est un article qui transmet l'émotion du concert, et vos mots en fait passé toute la force profonde d'une voix surprenante, envoûtante. Je ne suis pas habitué à la langue grecque, et je ne connaissais pas Haris Alexiou ainsi.

    Cela doit être une expérience intense que de croiser des chanteurs ou chanteuses qui mettent autant de chaleur dans laur voix et dans leur présence.

    16
    Dimanche 28 Octobre 2012 à 01:42
    Dornac

    Oui.

    Ca me fait plaisir que vous ayez fait un détour par ce vieil article !

    17
    FANNY
    Jeudi 18 Avril 2013 à 09:48
    FANNY

    Ah, si Haris Alexiou-Χάρις Αλεξίου pouvait vous lire  !!!!

    Je l'aime autant que vous deux. Elle a un appartement a Paris et elle y passe beaucoup de temps.

    FANNY.

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