• Diamanda Galás: le rock cathartique

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    Interprète des poètes maudits avec une voix d’Outre-Hadès qui s’étend sur trois octaves et demie, ou quatre selon les témoins, Diamanda Galás vilipende les maux en les incarnant, elle sonorise si bien la douleur que l’on souffre vraiment en l’écoutant.

    Ensuite, c’est affaire de dialogue avec soi-même : soit on décide d’apprécier la catharsis et de brûler jusqu’à la cendre, soit au contraire on coupe le son, froid comme un cadavre.

    Dans les deux cas de figure on a mauvaise mine.

         

    Interpretating the accursed poets with an Hades voice which extends over three and a half octaves, or four, it depends on the witnesses, Diamanda Galás reviles the troubles by embodying them, she voices so well the pain that you really suffer by listening to her.

    Then, it’s a matter of dialogue with yourself : either you decide to appreciate catharsis and you burn up to the ash, or on the contrary you cut the sound, cold as a corpse.

    In both cases your face look bad.

     
     
    Les paroles sont souvent diluées dans les cris d’Erinyes (de Furies si vous êtes Romain), mâchées, crachées, ou vomies comme des vipères qui fusent sournoisement dans l’oreille. Mais on comprend, non ?  On comprend à travers l’animalité de l’expression.
            The words are often diluted in the shouts of Erinyes (or Furies if you are a Roman), chewed, spat, or vomited like vipers which fuse maliciously in the ear. But we understand, don’t we ? We understand through the bestiality of the expression.

     
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    Diamanda Galás by Austin Young
     
    On peut choisir aussi de rire, du rire satanique, désespéré, celui de Baudelaire dans L’Héautontimoroumenos (bourreau de soi-même en grec ancien) :   You can also choose to laugh, of the satanic, desperate laughter, that Baudelaire in L’Héautontimoroumenos (executioner of oneself in ancient Greek):
    je te frapperai sans colère et sans haine /- comme un boucher (…) je suis de mon cœur le vampire, / - Un de ces grands abandonnés/ Au rire éternel condamnés, / Et qui ne peuvent plus sourire !   I will strike you without anger/ And without hatred, like a butcher, (…) I am the vampire of my own heart,/ - One of the great abandoned,/ Condemned to eternal laughter,/ And who can no longer smile !
                  
    Diamanda Galás chante ce poème (album Saint of the Pit, 1986):   Diamanda Galás sings this poem (album Saint of the Pit, 1986):
         

     

    L'Héautontimoroumenos  :

     

    Video : luis hernan tobar cortes
     

    Une video (live) :

     

    C’est un peu Némésis (déesse de la vengeance) qui s’exprime ici, pour combattre l’hybris (l’orgueil). Mot-à-mot « héautontimoroumenos » (Ἑαυτοντιμορουμενος) signifie en grec ancien En se vengeant de soi-même, et Baudelaire se vengeait de lui-même, se châtiait à travers l’image de l’Autre.

    De Baudelaire, elle chante également Les litanies de Satan (disque paru en 1982). Sa composition musicale ici et son interprétation rappellent la musique contemporaine, notamment Nuits de Iannis Xénakis, avec qui elle a par ailleurs travaillé.

     

    She is a sort of Némésis (goddess of the vengeance) who expresses herself here, to fight the hybris (the pride). Word for word “héautontimoroumenos” (Ἑαυτοντιμορουμενος) means in ancient Greek Taking our revenge on ourselves, and Baudelaire took his revenge on himself, punishing himself through the image of the Other one.

    She also sings Satan's litanies of Baudelaire (disk appeared in 1982). Her musical composition here and her performance remind of the contemporary music, aspecially Nuits of Iannis Xénakis, with whom she worked.




    Charles Baudelaire :

    Les litanies de Satan
     

    Σαρλ Μπωντλαίρ :

    Οι Λιτανείες Του Σατανά

    Ô toi, le plus savant et le plus beau des Anges,
    Dieu trahi par le sort et privé de louanges,
    Ô Satan, prends pitié de ma longue misère !
    Ô Prince de l’exil, à qui l’on a fait tort,
    Et qui, vaincu, toujours te redresses plus fort,
    Ô Satan, prends pitié de ma longue misère !
    Toi qui sais tout, grand roi des choses souterraines,
    Guérisseur familier des angoisses humaines,
    Ô Satan, prends pitié de ma longue misère !
    Toi qui, même aux lépreux, aux parias maudits,
    Enseignes par l’amour le goût du Paradis,
    Ô Satan, prends pitié de ma longue misère !
    Ô toi qui de la Mort, ta vieille et forte amante,
    Engendras l’Espérance, — une folle charmante !

    Ô Satan, prends pitié de ma longue misère !

    Toi qui fais au proscrit ce regard calme et haut
    Qui damne tout un peuple autour d’un échafaud,

    Ô Satan, prends pitié de ma longue misère !

    Toi qui sais en quels coins des terres envieuses
    Le Dieu jaloux cacha les pierres précieuses,

    Ô Satan, prends pitié de ma longue misère !

    Toi dont l’œil clair connaît les profonds arsenaux
    Où dort enseveli le peuple des métaux,

    Ô Satan, prends pitié de ma longue misère !

    Toi dont la large main cache les précipices
    Au somnambule errant au bord des édifices,

    Ô Satan, prends pitié de ma longue misère !

    Toi qui, magiquement, assouplis les vieux os
    De l’ivrogne attardé foulé par les chevaux,

    Ô Satan, prends pitié de ma longue misère !

    Toi qui, pour consoler l’homme frêle qui souffre,
    Nous appris à mêler le salpêtre et le soufre,

    Ô Satan, prends pitié de ma longue misère !

    Toi qui poses ta marque, ô complice subtil,
    Sur le front du Crésus impitoyable et vil,

    Ô Satan, prends pitié de ma longue misère !

    Toi qui mets dans les yeux et dans le cœur des filles
    Le culte de la plaie et l’amour des guenilles,

    Ô Satan, prends pitié de ma longue misère !
    Bâton des exilés, lampe des inventeurs,
    Confesseur des pendus et des conspirateurs,

    Ô Satan, prends pitié de ma longue misère !
    Père adoptif de ceux qu’en sa noire colère
    Du paradis terrestre a chassés Dieu le Père,

    Ô Satan, prends pitié de ma longue misère !

    PRIÈRE
    Gloire et louage à toi, Satan, dans les hauteurs
    Du Ciel, où tu régnas, et dans les profondeurs
    De l’Enfer, où, vaincu, tu rêves en silence !
    Fais que mon âme un jour, sous l’Arbre de Science,
    Près de toi se repose, à l’heure où sur ton fr
    ont
    Comme un Temple nouveau ses rameaux
    s’épandront !

       

    Ω Συ, ο πιο όμορφος κι ο πιο σοφός απ'τους Αγγέλους,
    Θεέ που η μοίτα σε πρόδωσε και δε σου ψέλνουν ύμνους,
    ω Σατανά, τη μαύρη μου κακομοιριά λυπήσου!
    Της εξορίας, ω Πρίγκιπα, που σ'αδικήσαν κι όμως,
    και νικημένος πιο ισχυρός ορθώνεσαι, Συ, αιώνια,
    ω Σατανά, τη μαύρη μου κακομοιριά λυπήσου!
    Συ, που όλα τα γρικάς, τρανέ ρήγα του κάτω κόσμου
    και γιατρευτή πονετικέ κάθε αγωνίας του ανθρώπου,
    ω Σατανά, τη μαύρη μου κακομοιριά λυπήσου!
    Συ, που και στους πανάθλιους και στους λεπρούς ακόμα
    μαθαίνεις με τον έρωτα το τι ο Παράδεισος είναι,
    ω Σατανά, τη μαύρη μου κακομοιριά λυπήσου!
    Ω Συ, που από το Θάνατο - παλιά, τρανή σου αγάπη -
    γέννησες την Ελπίδα - μια τρελή χαριτωμένη,

    ω Σατανά, τη μαύρη μου κακομοιριά λυπήσου!

    Συ, που ησυχάζεις τη ματιά του κάθε προγραμμένου,
    που ολόκληρο ντροπιάζει λαό γύρω απ'την καρμανιόλα,

    ω Σατανά, τη μαύρη μου κακομοιριά λυπήσου!

    Εσύ, που ξέρεις πού, βαθιά στη γη, στα έγκατά της,
    έκρυψε ο Θεός ζηλόφθονα τ'ατίμητα πετράδια,

    ω Σατανά, τη μαύρη μου κακομοιριά λυπήσου!

    Συ, που'χεις μάτι που τρυπά τα τρίσβαθα εργαστήρια,
    που μέσα τους τα μέταλλα κοιμούνται αποκρυμμένα.

    ω Σατανά, τη μαύρη μου κακομοιριά λυπήσου!

    Συ, που το χέρι σου, πλατύ, βάραθρα κλει και σώζει
    τον υπνοβάτη που βαδίζει στων σκεπών το χείλος,

    ω Σατανά, τη μαύρη μου κακομοιριά λυπήσου!

    Συ, που σαν μάγος τα σκληρά τα κόκκαλα απαλύνεις
    του μέθυσου που νύχτωσε κι άλογα τον πατήσαν,

    ω Σατανά, τη μαύρη μου κακομοιριά λυπήσου!

    Συ, που τον πόνο του άρρωστου για να τόνε γλυκάνεις,
    μας έμαθες να σμίγουμε το νίτρο με το θειάφι,

    ω Σατανά, τη μαύρη μου κακομοιριά λυπήσου!

    Συ, που τη βούλα σου, ω κρυφέ συνένοχε, την βάζεις
    στο μέτωπο του ανήλεου και τιποτένιου κροίσου,

    ω Σατανά, τη μαύρη μου κακομοιριά λυπήσου!

    Συ, που τα μάτια, την καρδιά των κοριτσιώνε κάνεις,
    τους πονεμένους ν'αγαπούν και τους κουρελιασμένους,

    ω Σατανά, τη μαύρη μου κακομοιριά λυπήσου!

    Ω Συ, ραβδί του εξόριστου και λάμπα του εφευρέτη,
    του κρεμασμένου και του συνωμότη ξομολόγε,

    ω Σατανά, τη μαύρη μου κακομοιριά λυπήσου!

    Θετέ πατέρα, Εσύ, εκείνων, που μες στη μαύρη οργή του
    τους έδιωξε από την Εδέμ της γης ο Θεός Πατέρας,

    ω Σατανά, τη μαύρη μου κακομοιριά λυπήσου!

    ΠΡΟΣΕΥΧΗ
    Δόξα σ'Εσένα, ω Σατανά, κει πάνω στα Ουράνια
    που μια φορά βασίλεψες δόξα και μες στα βάθη
    της Κόλασης, που σιωπηλά ρεμβάζεις, νικημένος!
    Κάνε η ψυχή μου πλάι σου στης Γνώσης από κάτω
    το Δέντρο ανάπαυση να βρει, όταν στο μέτωπό σου

    θεν' απλωθούν σαν ένας Ναός καινούργιος τα κλωνιά
    του!

         
    in Les Fleurs du Mal            Translation from: Http://ide-anthropos.blogspot.com

     

    Bien sûr, il ne s’agit pas de prendre au premier degré cet apparent satanisme, elle n’est pas gourou de secte. Diamanda Galás prend part à la musique expérimentale, sa voix passe du chant aux éraillements et borborygmes, des éruptions venues des profondeurs aux aigus des crécelles.

    Elle est également décrite comme une expressionniste, une gothique, une rockeuse, une jazzwoman, ses expériences musicales et théâtrales sont très abondantes et variées. Elle n’est donc pas rivée à une étiquette musicale et sa démarche est souvent politique, destinée à dénoncer les tueries à l'encontre des Grecs et le génocide arménien en Turquie dans Defixiones (2004), le traitement des prisonniers politiques, l’homophobie, et a dédié son requiem Plague Masse aux personnes atteintes du SIDA (son propre frère en est mort)...

    Américaine d’origine grecque (son père était un immigré grec d’Anatolie), elle a travaillé avec des compositeurs d’avant-garde comme Iannis Xenakis, Philippe Glass, Terry Riley, John Zorn, et Vinko Globokar.

    Je trouve que les interprétations de Baudelaire  par Diamanda Galás correspondent parfaitement à l'expression du poète. C'est pour ça que j'aime beaucoup cette chanteuse, pour cette belle rencontre qu'elle a faite.
    Quant à Baudelaire, ses liens avec la Grèce semblent très naturels, intérieurs.

                                          

    Naturally, you can't take on the first degree this outward satanism , she is not the guru of a sect. Diamanda Galás takes part to the experimental music, her voice passes from the singing to the hoarsenesses and borborygmes, eruptions coming from the depthes, up to the treble of the rattles.

    She is also described as an expressionist, a gothic, a rock musician, a jazzwoman, her musical and theatrical experiences are very plentiful and different. She is not riveted to a musical label and her approach is often political, intending to denounce the Armenian genocides and the shoots on Greeks in Turkey in Defixiones ( 2004 ), the treatment of the political prisoners, the homophobia, and she dedicated her requiem Plague Masse to the persons affected by AIDS (his own brother died from it)...

    American with Greek origin (her father was a Greek immigrant of Anatolia), she worked with avant-garde composers like Iannis Xenakis, Philippe Glass, Terry Riley, John Zorn, et Vinko Globokar.

    I think that the interpretations of Baudelaire by
    Diamanda Galás perfectly fits the expression of the poet. That's why I like very much this singer, for this beautiful meeting she did.
    By the way, Baudelaire seems to have a very natural link with Greece, inside.
                 

     


    Un grand classique américain : let my people go
    video :
    vamppyrio
     
     
    Artémis (avec un "aman")
    sur un poème de Gérard de Nerval.
    music : Diamanda Galas,
    album :
    Defixiones Will and Testament Orders from the Dead
    video : Artemis
     
    Vous trouverez le poème de Gérard de Nerval et sa traduction en Grec et en Anglais sur le blog d'Annie.
    You will find the poem of Gerard de Nerval in French and its translation in Greek and in English on Annie's blog.

     

                
     
    Autumn Leaves (Les feuilles mortes) de Prévert et Cosma avec une introduction jazz au piano très libre.
                   

     

    Liens / Links


    Voir aussi son interprétation de "Kaigomai"/ See her singing "Kaigomai" : Nikos Gatsos : Καίγομαι * Je brûle (Rébétiko)
    Pour en savoir plus sur
    Diamanda Galás / Links :
    Diamanda Galás website
    Facebook Diamanda Galás

    Un article complet sur Diamanda Galás (la mediathèque.be)
    Wikipedia
    Quaternaire
    Les litanies de Satan (sur l'album)
    The Litanies of Satan
    Interviewée par Katchig Mouradian

    Interviewée par japel.org

    Un dessin-portrait de Diamanda Galás par un dessinateur over-bloguiste

    Sur Charles Baudelaire :
    Ses poèmes en ligne
    English translation of The Litanies of Satan

    Commentaires et corrections TRES bienvenus (surtout lorsque des erreurs se glissent).

    « Interlude pour l'année nouvelleKostas Karyotakis : Seul * Μόνο (Mono) »
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  • Commentaires

    9
    morback
    Jeudi 18 Avril 2013 à 09:46
    morback
    Nobody dares to put any comment here, there is some evil curse I think. You should break something...
    Let the sweet Haris Alexiou break something to chase the demon...

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    8
    Mercredi 28 Décembre 2011 à 13:29
    Dornac

    Elle est passée à La Villette l'année dernière, dans le festival sonique 2010. Mais je l'ai ratée.

    7
    Mardi 27 Décembre 2011 à 23:36
    anonyme

    Putain, c'est magnifique ce qu'elle fait !

    6
    Jeudi 21 Janvier 2010 à 00:57
    annie
    haha yes probably Callas is more compatible to Gallas, definitely people would leave the Arvanitaki concert and run for cover! (because of the broken cups fragments that are life-threatening to anyone attending)
    5
    Mercredi 20 Janvier 2010 à 20:31
    Dornac
    Παρακαλώ Αναστασία !
    4
    Mercredi 20 Janvier 2010 à 20:30
    Dornac
    I like the slip of the pen you made on Diamanda Galas and Maria Callas, on purpose ?
    And... why not some songs of Galas at the end of Arvanitaki's concert, people would go home faster, they wouldn't stay after the concert ! Except me.
    3
    Mardi 19 Janvier 2010 à 06:33
    annie
    alexiou & arvinitaki breaking cups at the end of a Diamanda Callas concert would be ideal :)
    tell me what you think of my greek translation of "artemis",,, if you can :) please!
    2
    Lundi 18 Janvier 2010 à 22:26
    annie
    great entry even though it's hair-raising.
    thanks for the artemis poem ;)
    1
    Lundi 18 Janvier 2010 à 20:13
    Dornac
    Θα σπάσω κούπες = je briserai des tasses / I will break cups, is the title of this song (c'est le titre de cette chanson)! As we can see, Haris Alexiou is living the music so much that every word of a song fits her life.
    Thanks.
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