Traduction de Dominique Grandmont, in En attendant les barbares et autres poèmes, Gallimard, 2008. En tête d'article, un tableau de Marina Krontira : Commensal - Ωμοτράπεζοι, 2012 Video : Αλέξανδρος Μαράκης Musique de Nox Arcana - Labyrinth of Dreams, texte interprété par Alexandros Marakis Liens / Links Biographie de l'auteur Constantin Cavafy (wikipedia) Che fece per viltade il gran rifiuto : explication sur wikipedia (en italien) Cavafis pourquoi par François Sommaripas (traductions en ligne de Cavafis) Cavafis : poèmes en ligne (en grec), le même site en anglais Le vestibule de l'Enfer dans...
Constantin Cavafis reprend une partie de la formule de Dante « Che fece per viltade il gran rifiuto » dans la Divine Comédie : Dante et Virgile entrent dans un espace où les hommes sont paresseux et n'ont fait ni le Mal ni le Bien, c'est l'antichambre de l'Enfer : ce n'est ni l'Enfer, ni le Paradis. Ces hommes sont ceux qui, « per viltade » c'est-à-dire « par lâcheté » ont fait « il gran rifiuto », « le grand refus ». En fait, Dante condamne surtout les tièdes, ceux qui ne prennent jamais parti et restent dans une sorte d'indolence qui ne les mènera pas aux Enfers, mais pas non plus au Paradis....
La Ville Tu as dit : « J'irai par une autre terre, j'irai par une autre mer. Il se trouvera bien une autre ville, meilleure que celle-ci. Chaque effort que je fais est condamné d'avance ; et mon cœur — tel un mort — y gît enseveli. Jusqu'à quand mon esprit va-t-il endurer ce marasme ? Où que mes yeux se tournent, où que se pose mon regard, je vois se profiler ici les noirs décombres de ma vie dont après tant d'années je n'ai fait que ruines et gâchis ». Tu ne trouveras pas d'autres lieux, tu ne trouveras pas d'autres mers. La ville te suivra partout. Tu traîneras dans les mêmes rues. Et tu vieilliras...
English and French translations below. Traductions française et anglaise ci-dessous. Περιμένοντας τους Βαρβάρους - Τι περιμένουμε στην αγορά συναθροισμένοι; Είναι οι βάρβαροι να φθάσουν σήμερα. - Γιατί μέσα στην Σύγκλητο μιά τέτοια απραξία; Τι κάθοντ' οι Συγκλητικοί και δεν νομοθετούνε; Γιατί οι βάρβαροι θα φθάσουν σήμερα. Τι νόμους πια θα κάμουν οι Συγκλητικοί; Οι βάρβαροι σαν έλθουν θα νομοθετήσουν. - Γιατί ο αυτοκράτωρ μας τόσο πρωί σηκώθη, και κάθεται στης πόλεως την πιο μεγάλη πύλη στον θρόνο επάνω, επίσημος, φορώντας την κορώνα; Γιατί οι βάρβαροι θα φθάσουν σήμερα. Κι ο αυτοκράτωρ περιμένει...
Cierges Les jours de l'avenir se dressent devant nous comme une file de petits cierges allumés - des petits cierges dorés, chauds et pleins de vie. Les jours passés restent en arrière, une triste rangée de cierges juste éteints ; les plus proches encore fumants, cierges froids, fondus et prostrés. Je ne veux pas les voir ; leur aspect m'afflige, comme il m'afflige de me rappeler leur éclat premier. Je regarde, vers l'avant, mes cierges allumés. Je ne veux pas me retourner pour constater avec horreur comme s'allonge vite l'obscure rangée, comme augmentent vite les cierges éteints. (1899) Kεριά Του...
C'est fini Dévorés de peur, assaillis de doutes, l'esprit tourmenté et les yeux pleins d'horreur, nous nous évertuons à chercher ce que nous pourrions faire pour écarter de nous le danger inéluctable dont l'imminence nous terrifie. Pourtant, nous nous trompons, ce n'est pas lui sur le chemin ; les renseignements étaient faux (ou nous les avons mal entendus, ou mal compris). Une autre catastrophe, que nous n'avions pas imaginée, fond subitement sur nous tel l'éclair et à l'improviste – trop tard, maintenant – nous emporte. Τελειωμένα Μέσα στον φόβο και στες υποψίες, με ταραγμένο νου και τρομαγμένα...
Murs Sans égards, sans pitié, sans scrupule, ils ont élevé de hautes murailles autour de moi. Et maintenant, je ne fais rien ici que me désespérer. D'un tel destin la pensée m'obsède et me ronge ; car j'avais beaucoup de choses à faire dehors. Pendant qu'on bâtissait les murs, ah, que n'ai-je pris garde. Mais jamais je n'ai entendu le bruit des maçons ni leur voix. C'est à mon insu qu'ils m'ont enfermé hors du monde. Τείχη Χωρίς περίσκεψιν, χωρίς λύπην, χωρίς αιδώ μεγάλα κ' υψηλά τριγύρω μου έκτισαν τείχη. Και κάθομαι και απελπίζομαι τώρα εδώ. Άλλο δεν σκέπτομαι: τον νουν μου τρώγει αυτή η τύχη·...
Reviens Reviens souvent me prendre, sensation bien-aimée, reviens me prendre - quand la mémoire du corps se réveille, et qu'un désir ancien tressaille dans le sang ; quand les lèvres et la peau se souviennent, et que les mains ont de nouveau l'impression de toucher. Reviens souvent me prendre, la nuit, à l'heure où les lèvres et la peau se souviennent... Επέστρεφε Επέστρεφε συχνά και παίρνε με, αγαπημένη αίσθησις επέστρεφε και παίρνε με - όταν ξυπνά του σώματος η μνήμη, κ' επιθυμία παληά ξαναπερνά στο αίμα· όταν τα χείλη και το δέρμα ενθυμούνται, κ' αισθάνονται τα χέρια σαν ν' αγγίζουν πάλι. Επέστρεφε...
Constantin Cavafis : L'épaule bandée * Ο Δεμένος Ώμος
L'épaule bandée D'après lui, il se serait cogné au mur ou serait tombé. Mais il devait y avoir une autre raison à son épaule meurtrie et bandée. Un geste plutôt brusque qu'il a fait pour descendre d'une étagère certaines photographies qu'il voulait voir de près a dénoué le pansement et du sang s'est mis à couler. J'ai rebandé l'épaule, et ce faisant, je me suis attardé quelque peu ; car il n'avait pas mal, et cela me plaisait de voir le sang. C'était l'objet de mon amour, ce sang. Quand il fut parti, je trouvai devant la chaise un lambeau de pansement ensanglanté, un lambeau bon à jeter directement...